CECI EST POUR VOUS : Titre de l'un des chapitres du JOURNAL D'UN HOMME SIMPLE de René BARJAVEL

Voici un extrait du "Journal d'un homme simple" du célèbre écrivain René BARJAVEL :

Chapitre intitulé "Ceci est pour vous".

Et j'ajouterai seulement : ce texte est pour vous... qui lisez.

Les autres ne sont bien sûr pas concernés.

Certes, Barjavel vivait de sa plume... D'où la dureté de certains propos.

"Je vous demande pardon : je voudrais vous poser une question. Oui, à vous, qui êtes en train de lire ce livre. Vous êtes parvenu jusqu'à cette page, vous prenez donc un certain intérêt à sa lecture. L'avez-vous payé? 
Je veux dire : ce livre est-il à vous, l'avez-vous acheté? Ou bien vous l'a-t-on prêté ? 
Vous l'avez acheté ? Merci. Vous l'avez emprunté ? Vraiment ? Et vous ne vous sentez pas un peu mal à l'aise en face de moi ? De quoi pensez-vous que nous vivions, nous qui écrivons des livres ? De l'air du temps? De votre sympathie? Vous êtes bien gentil, mais nous avons des charges de famille, comme tout le monde. 
Votre hommage à notre talent ne paiera pas le ressemelage des chaussures. Voici justement la saison de la marelle, jeu qui fut certainement inventé par un cordonnier. Vous viendrait-il à l'idée de vous nourrir des restes de votre voisin, de lui emprunter pour votre dîner un manche de côtelette ? Pour aller au cinéma, utilisez-vous un ticket d'entrée qui ait déjà servi ? Portez-vous les chaussettes sales de votre cousin ? Vous servez-vous de sa pipe ou de sa femme ? 
Alors ?... Ne me répondez pas que vous n'avez pas les moyens d'acheter des livres. Vous trouvez bien de l'argent pour manger tous les jours. Et fumer. Et aller au cinéma. Et boire l'apéritif. Vous pouvez payer ce livre. Si vous ne le faites pas, c'est que vous préférez garder votre argent pour les cigarettes ou le martini. Eh bien ! fumez et ne lisez plus. 
Comment voulez-vous trouver goût et profit à la lecture si vous ne lui faites aucun sacrifice ? Si vous ne voulez vous offrir le livre aimé, que voulez-vous qu'il vous offre ? Vous êtes de ces gens qui lisent pour tuer le temps, parce que le temps les gène, tuer le temps, c'est se tuer soi-même. 
Faites ça avec n'importe quoi, avec le bridge, ou la radio, ou le journal sportif. Mais pas avec les livres... Allons, fermez cet exemplaire et allez en acheter un autre. Vous verrez comme vous serez content d'avoir ce livre bien à vous, il sera chaud dans votre main. Il n'aura plus du tout le même goût. (...) 
Quant à vous qui n'achetez pas, je vous laisse à votre honte. Et je vous tourne le dos. Rien de ce qui suit n'est écrit pour vous. Vous croyez tenir ce livre ouvert ? Je le ferme sous votre nez et je vous laisse dehors."

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MES COMPTES A MOI

qui, bien sûr, ne vit pas de sa plume

mais plutôt se déplume !

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